Idéal pour créer des espaces d’ombre et des rideaux végétaux, l’orme est également recherché pour son bois qui est d’excellente qualité. Mais la population de cet arbre ne cesse de diminuer en raison de maladies plus agressives les unes que les autres. Ces affections ont déjà décimé une importante part des ormes en France. Pour préserver les essences restantes, il est crucial de connaître les causes et les manifestations de ces maladies ainsi que la façon de les combattre.
La graphiose

Quelle en est la cause ?
La graphiose survient à cause d’un champignon microscopique nommé Ophiostoma. Identifié pour la première fois aux Pays-Bas (et surnommé la maladie hollandaise de l’orme dans les pays anglo-saxons), ce champignon vient en réalité d’Asie. Il se dissémine de deux façons :
- Par la faute d’un insecte (plus précisément un coléoptère) appelé le scolyte de l’orme. Les cellules porteuses du champignon se collent sur ce dernier et se déposent sur l’arbre pendant qu’il mord dans les rameaux et dans les feuilles de l’orme pour se nourrir.
- Par voie racinaire : lorsque le système racinaire d’un orme sain s’emmêle avec celui d’un sujet contaminé, le second peut contaminer le premier.
Une fois l’arbre contaminé, le champignon se répand dans les tissus de l’arbre et obstrue les canaux de distribution de sève.
Comment reconnaître un orme atteint de la graphiose ?
Les ormes infectés ont les feuilles qui se flétrissent et se recroquevillent brusquement au printemps ou en plein été sans pour autant se décolorer. Mais ces feuilles ne tombent pas dans l’immédiat. Elles restent suspendues aux branches jusqu’au mois de juillet ou d’août avant de tomber.
Le dessèchement progresse du haut vers le bas et peut affecter tout le feuillage en moins d’une année. Chez les ormes âgés, on constate la courbure vers le bas des rameaux situés aux extrémités.
Mais l’arbre ne meurt pas dans l’immédiat. L’année suivante, il peut encore produire des bourgeons qui restent fermés pour la plupart. Les quelques sujets qui parviennent à s’ouvrir ont des feuilles atrophiées.
Si vous coupez une jeune pousse atteinte, vous observerez souvent de petites taches brunes ou noirâtres sous forme de cercle dans le bois, juste sous l’écorce. Ce sont les vaisseaux de sève obstrués par le champignon.
Qu’en est-il du traitement ?
Aucun traitement chimique n’est aujourd’hui capable de guérir un orme atteint de la graphiose. Seuls les arbres de grande valeur patrimoniale bénéficient d’injections de produits qui limitent considérablement les dégâts. Mais ces injections sont coûteuses et inaccessibles à la plupart des particuliers.
La seule réponse efficace reste l’abattage et l’incinération des arbres affectés. Il ne faut pas laisser le bois au sol, encore moins le stocker comme bois de chauffage, car les scolytes peuvent continuer à s’y développer. En effet, ceux-ci pondent leurs œufs dans le bois mort issu de l’orme ainsi que dans le bois des vieux ormes. Cela donne naissance à de nouvelles populations qui propagent davantage les champignons responsables de la graphiose.
Privilégier la prévention
Si la graphiose de l’orme est incurable, il est néanmoins possible de diminuer le risque d’infection en misant sur des sujets plus résistants. Ce sont notamment des hybrides, c’est-à-dire des sujets issus de croisements entre différentes espèces.
Pour créer ces spécimens, les chercheurs utilisent des ormes européens (sensibles mais robustes) et des ormes asiatiques naturellement résistants au champignon. Ces manipulations donnent lieu à des hybrides qui conservent l’allure majestueuse de l’orme tout en résistant beaucoup mieux à la maladie.
C’est par exemple le cas de :
- L’Ulmus Lutèce, un hybride développé en France. Il se distingue par son port élancé, un peu semblable à celui de l’orme champêtre traditionnel.
- L’Ulmus Vada, une variété européenne réputée pour sa forte tolérance aux maladies.
- L’orme “Resista” qui présente un port plus buissonnant et s’adapte aux jardins de taille moyenne.
Aux États-Unis et au Canada, certains ormes d’Amérique (Ulmus americana) ont été retrouvés vivants malgré la disparition de tous leurs voisins. Contaminés artificiellement avec des spores de graphiose en laboratoire, ces spécimens ont montré une résistance réelle.
Mais cela ne signifie pas que ces arbres sont totalement immunisés. Un stress important, comme une sécheresse répétée, peut les rendre plus vulnérables.
Les galles de l’orme

Causes
Encore appelées des cécidies, les galles sont des excroissances ou des boutons qui se forment sur les feuilles, les bourgeons et les rameaux de l’orme. Elles correspondent en réalité à une réaction allergique de l’arbre lorsque certains ravageurs le piquent pour y pondre leurs œufs. C’est notamment le cas de certaines espèces de pucerons (cas du Tetraneura ulmi et du Eriosoma ulmi) dont la particularité est de provoquer la formation d’excroissances.
Les galles peuvent également survenir après des piqûres d’acariens comme Eriophyes (ou Aceria ulmicola). Dans ce cas, on observe l’apparition de nombreux boutons sur le feuillage. Les nuisibles en question se nourrissent en surface et ne s’attaquent jamais au système vasculaire de l’arbre, contrairement au champignon de la graphiose.
Solutions
Dans la très grande majorité des cas, aucun traitement n’est nécessaire contre les galles de l’orme. Une forte présence de galles peut légèrement réduire la capacité de photosynthèse des feuilles touchées, car les tissus de la galle contiennent moins de chlorophylle. Mais cela reste sans conséquence visible sur la vigueur globale de l’arbre.
Si vous souhaitez tout de même limiter leur apparition l’année suivante, ramassez et brûlez les feuilles tombées à l’automne pour réduire le nombre d’œufs. Favorisez les prédateurs naturels comme les coccinelles et les chrysopes, particulièrement efficaces contre les pucerons. Évitez les traitements insecticides systématiques, qui détruisent aussi les auxiliaires utiles sans régler durablement le problème.

