Planter un citronnier n’est pas toujours une garantie de vigueur et de forte croissance. Pour optimiser les chances de survie et de développement de certains citronniers, le greffage apparaît comme une planche de salut. Mais il s’agit d’une technique délicate, nécessitant le respect de certaines étapes essentielles ainsi que l’emploi de matériels spécifiques.
La greffe du citronnier : par quoi faut-il commencer ?

Préparer le matériel nécessaire
Le matériel indispensable pour greffer un citronnier se compose de ce qui suit :
- Le matériel végétal : des porte-greffes sains et des greffons frais. Les porte-greffes les mieux adaptés pour les agrumes en France sont le Poncirus Trifoliata, le Citrumelo 4475 et le Forner-Alcaide 5 (communément appelé FA5).
- Un outil de coupe désinfecté avec de l’alcool à 90 ° pour éviter les risques de maladies : un cutter ou un greffoir (couteau spécialisé à lame courte, mince et très tranchante) pour des incisions précises.
- Un élastique spécial appelé le flexibande ou de l’élastique normal de bonne qualité pour maintenir les parties ensemble.
- Un buddy tape ou scotch de greffage ou parafilm, un film spécialement conçu pour la réalisation de la greffe. À ne surtout pas remplacer par du film alimentaire de cuisine.
- Du mastic cicatrisant.
- Une serre en polycarbonate pour favoriser la reprise.
Greffer à la bonne période et avec le greffon adéquat
Le printemps est là saison idéale pour greffer un citronnier. Les agrumes peuvent également être greffés à la fin de l’été. Le greffon doit provenir d’un arbre sain. Sélectionnez l’une des dernières branches de l’année précédente. De préférence une branche semi-lignifiée, c’est-à-dire une branche qui se transforme en bois mais dont on voit encore très bien les yeux1.
Toutefois, attention à la provenance des greffons car certains peuvent être porteurs du virus CTV2. La bonne nouvelle est que cette maladie est inoffensive sur les porte-greffes Poncirus Trifoliata, FA5 et Citrumelo 4475.
Choisir une technique de greffage
Parmi les techniques de greffage qui existent, il est possible d’énumérer :
La greffe anglaise compliquée
Cette technique nécessite de réaliser une taille en biseau, puis une fente verticale au sommet du porte-greffe et une taille en biseau à la base du greffon. Réalisez les fentes dans le bois, un peu en dessous de l’extrémité pointue. Retirez ensuite la partie supérieure du greffon avec toutes les feuilles. Une portion de tige de 6 à 12 centimètres suffit amplement. Il suffit ensuite d’insérer le greffon dans la fente du porte-greffe. Enroulez le flexibande tout autour pour maintenir la greffe. Recouvrez du parafilm tout autour de l’élastique puis continuez de l’enrouler jusqu’en haut de sorte à recouvrir également le sommet.
La greffe à l’œil qui consiste à greffer un œil ouvert du greffon sur une partie du porte-greffe. Pour cela, il faut faire une encoche dans le porte-greffe, l’entaillant légèrement et en retirant une portion d’écorce de sorte que le bois (la partie blanche) soit bien visible. Prélevez ensuite la portion du greffon contenant l’œil. Insérez-la dans l’encoche tout en conservant son sens normal, c’est-à-dire le sens de la feuille. Si vous inversez le sens de l’œil, celui-ci ne poussera tout simplement pas. Pour maintenir le contact, appliquez le mastic puis plaquez l’œil contre le porte-greffe à l’aide du parafilm.
Greffez l’œil à au moins 25 centimètres du pied pour préserver la greffe de l’humidité et éviter qu’elle soit infectée par des champignons.
Avant chaque greffage, pensez toujours à retirer toutes les tiges et feuilles du porte-greffe. Après l’opération, il faut continuer à surveiller le porte-greffe et retirer systématiquement toutes les pousses qui tentent de démarrer (environ tous les deux à trois jours). Sans quoi, la variété du porte-greffe reprendrait le dessus sur celle du greffon.
Pourquoi greffer le citronnier au lieu de le semer ?

Le premier objectif de la greffe est d’avoir des citronniers adaptés à une région spécifique aussi bien en matière de terre que de climat. En effet, semer un agrume ne permet pas toujours d’avoir un fruit identique à celui dont la graine est issue. Les agrumes sont pour la plupart des fruits hybrides.
Le semi donne parfois des variétés aléatoires en raison du caractère polyembryonnaire de certaines graines. Cela signifie que vous pouvez semer une orange et voir pousser un citronnier. Greffer permet d’obtenir une variété fidèle au pied mère, ce qui est idéal pour conserver la variété.
Les porte-greffes comme le Poncirus trifoliata (une variété caduque et très rustique) et le Citrumelo 4475 (un hybride du Poncirus et d’un Pomelo) sont d’excellentes références. Ils se distinguent par leur forte rusticité (jusqu’à -18 °C pour le Poncirus et jusqu’à -15 °C pour le Citrumelo 4475).
Le Poncirus trifoliata supporte très bien les terrains très lourds, très argileux et très humides l’hiver. Par contre, il pousse très lentement s’il est dans un sol où les racines ne peuvent pas se développer facilement. On peut le planter partout en France. Sa variante la plus courante est le Poncirus Flying Dragon ou Poncirus Dragon volant.
Quant au Citrumelo 4475, il préfère les sols très drainants. Il tient également sur les terrains argileux à condition de ne pas l’arroser avec de l’eau calcaire. Cette espèce n’aime pas le calcaire, mais préfère les sols acides à neutre.
Pour faire partir un citronnier par greffage, vous pouvez aussi choisir le Forner-Alcaide 5 (communément appelé FA5) qui est issu d’un croisement entre le Poncirus et le mandarinier Cléopâtre. Vous avez réussi à greffer votre agrume et êtes maintenant confronté à un problème de fructification. Découvrez comment faire fructifier un citronnier qui ne fleurit pas.
Note de bas de page
- Yeux (d’une branche) : petites excroissances sur une branche d’arbre qui donneront naissance à une nouvelle feuille, fleur ou branche. ↩︎
- Virus CTV (Closterovirus tristezae) : virus responsable de la tristeza des agrumes, une maladie qui peut affecter notamment les orangers, les mandariniers, les citronniers et les pamplemoussiers. Il se développe dans les tissus de la plante et perturbe la circulation de la sève, ce qui peut provoquer un dépérissement progressif, une baisse de vigueur et des pertes plus ou moins importantes de production. ↩︎

